Comment créer une newsletter, techniquement, tout le monde le sait : un outil gratuit, un modèle, une liste de contacts, une heure devant soi. Ce qui sépare les newsletters lues de celles qui finissent en spam se décide pourtant avant le premier envoi. En Suisse, l’e-mail reste le canal le plus lu et l’un des plus encadrés par la loi. Cet article pose les chiffres, la méthode en quatre fondations, les trois façons de se lancer selon vos moyens, et démonte au passage quelques idées reçues qui coûtent cher aux PME romandes.
La newsletter, le canal que la Suisse lit encore
Ce que disent les chiffres suisses
Selon l’étude de marché menée par l’institut Reppublika sur l’e-mail en Suisse, 90 % des Suisses lisent des newsletters et 35 % en consultent au moins une chaque jour. Ce n’est pas un canal résiduel : c’est une habitude installée.
Plus intéressant pour un dirigeant de PME : 41 % des lecteurs de newsletters ont déjà passé commande directement depuis un envoi. La boîte de réception n’est pas seulement un lieu de lecture. C’est un lieu de décision.
Ces chiffres confirment ce que l’Office fédéral de la statistique observe depuis des années : envoyer et recevoir des courriels reste l’une des activités en ligne les plus répandues du pays, dans une Suisse où la quasi-totalité des ménages est connectée.
Autrement dit, avant même de créer votre newsletter, votre audience existe déjà. Elle ouvre sa boîte de réception tous les jours. La question n’est pas de savoir si vos clients lisent des e-mails, c’est de savoir si les vôtres méritent d’être lus.
Pourquoi tant de PME romandes passent à côté
Sur les réseaux sociaux, votre visibilité dépend d’un algorithme qui change sans vous prévenir. Votre liste d’abonnés, elle, vous appartient. Personne ne peut la dévaloriser du jour au lendemain.
Beaucoup de PME investissent pourtant leur énergie là où l’attention se loue, et négligent le seul canal où elle se possède. Créer une newsletter demande moins de production qu’un compte Instagram actif mais cela demande de la constance, et c’est souvent là que ça coince.
Il y a aussi une raison plus prosaïque : personne n’a montré au dirigeant comment créer une newsletter proprement. Alors le sujet reste dans la liste des choses à faire, quelque part entre la refonte du site et le tri de la boîte de réception.
Ce qu’une newsletter peut faire pour vous et ce qu’elle ne fera pas
Une lettre d’information bien tenue excelle à entretenir la relation : rester dans l’esprit de vos clients, provoquer le réachat, annoncer une nouveauté à des gens qui vous connaissent déjà.
Prenez une fiduciaire neuchâteloise qui envoie chaque trimestre un point sur les échéances fiscales, ou un commerce qui annonce ses arrivages à ses clients fidèles : dans les deux cas, l’envoi travaille pendant que le dirigeant fait autre chose.
Elle est en revanche un mauvais outil d’acquisition froide. Envoyer des e-mails à des inconnus qui n’ont rien demandé c’est du spam. En Suisse, c’est illégal. On y revient tout de suite.

Créer une newsletter : les quatre fondations
Créer une newsletter qui tient la route commence bien avant le choix d’un outil ou d’une mise en page.
1. Une base de contacts consentie
En Suisse, l’envoi de publicité par e-mail sans consentement préalable est interdit depuis 2007, comme le rappelle le portail PME de la Confédération. La règle est l’opt-in : le destinataire doit avoir activement accepté de recevoir vos messages, par exemple via une case à cocher.
Le Préposé fédéral à la protection des données précise deux points utiles : l’acceptation de conditions générales ne vaut pas consentement, et vos clients existants peuvent être contactés sans opt-in pour des produits similaires, à condition de pouvoir se désinscrire facilement.
Concrètement : n’achetez jamais de listes d’adresses, et documentez chaque consentement. La nouvelle loi sur la protection des données, en vigueur depuis septembre 2023, vous impose de toute façon de savoir d’où viennent vos données et ce que vous en faites.
2. Une promesse éditoriale claire
Personne ne s’abonne pour recevoir de la publicité. On s’abonne pour recevoir quelque chose d’utile : un conseil de saison, une analyse du marché local, une information avant tout le monde.
Avant de créer votre newsletter, formulez cette promesse en une phrase. Une pratique répandue consiste à réserver l’essentiel de chaque envoi à du contenu utile, et une part minoritaire à votre offre. La vente vient comme conséquence de la confiance, pas comme contenu principal.
3. Un rythme que vous pouvez tenir
Un envoi mensuel tenu pendant deux ans vaut mieux qu’un rythme hebdomadaire abandonné au bout de six semaines. La régularité est le message : elle dit à vos lecteurs que vous êtes fiable.
C’est le même principe que nous appliquons à l’ensemble des canaux dans nos accompagnements en marketing digital : mieux vaut un dispositif modeste et constant qu’un dispositif ambitieux et intermittent.
4. Des mesures définies dès le départ
Trois indicateurs suffisent pour piloter : le taux d’ouverture, le taux de clic, et les désinscriptions. Les benchmarks publiés par les principales plateformes d’emailing situent un bon taux d’ouverture entre 25 et 40 % selon les secteurs. En dessous de 20 %, il y a un problème d’objet, de liste ou de délivrabilité.
Mais l’indicateur final reste ailleurs : combien de demandes, de rendez-vous ou de commandes votre newsletter a-t-elle générés ce trimestre ? C’est cette question-là qui justifie l’effort.

Gratuit, payant ou délégué : trois façons de se lancer
Créer une newsletter gratuitement est tout à fait possible et parfois suffisant. Mais entre l’outil gratuit géré le dimanche soir et le dispositif entièrement délégué, il existe tout un éventail. La bonne option dépend de trois variables : votre temps disponible, la taille de votre liste et l’enjeu commercial. Voici les trois configurations types, avec leurs forces et leurs angles morts.
Créer une newsletter gratuitement, en solo
Les offres gratuites des principaux outils du marché (Brevo, Mailchimp, MailerLite) couvrent largement les besoins d’une liste de quelques centaines de contacts. Vous ne payez rien, uniquement votre temps.
Les limites sont connues : volume d’envoi plafonné, logo de la plateforme dans vos e-mails, fonctions d’automatisation réduites. Pour valider que le canal fonctionne chez vous, c’est amplement suffisant.
C’est aussi la meilleure école : en pilotant vous-même vos premiers envois, vous comprenez ce que vos lecteurs ouvrent, cliquent et ignorent. Cette connaissance vaut de l’or pour la suite, quelle que soit l’option retenue ensuite.
L’outil payant, piloté en interne
Passer à une formule payante débloque le volume, la segmentation et les scénarios automatisés. Il est possible de configurer des e-mails de bienvenue, relances après un devis, messages d’anniversaire client, etc. Le coût de licence reste modeste à l’échelle d’une PME : l’ordre de grandeur se compte en dizaines de francs par mois, pas en centaines.
Le vrai coût est ailleurs : les heures que quelqu’un, chez vous, devra consacrer chaque mois à écrire, mettre en page, envoyer et analyser. Créer une newsletter est rapide ; la faire vivre chaque mois est un engagement. Si personne n’a ce temps en interne, la meilleure licence du monde n’y changera rien.
L’accompagnement externe
Déléguer se justifie quand l’enjeu commercial dépasse le temps disponible : une liste qui grandit, des scénarios de vente à construire, une exigence de conformité à sécuriser. C’est le périmètre type de notre accompagnement en email marketing, où la stratégie et la production sont posées avec vous, puis tenues dans la durée.
Un point de vigilance dans le choix d’un prestataire, quel qu’il soit : demandez toujours qui possède la liste de contacts et le compte d’envoi. La réponse correcte est toujours la même : vous. Un abonné appartient à votre entreprise, jamais à l’agence ou au prestataire qui gère vos envois.
Comment trancher
Posez trois questions : qui a du temps chaque mois, combien de contacts consentis avez-vous réellement, et que rapporterait un client supplémentaire par trimestre ? La réponse désigne presque toujours l’option adaptée.
Beaucoup de PME commencent par créer leur newsletter en solo, valident l’intérêt du canal, puis délèguent quand la liste et les enjeux grossissent. C’est un chemin sain, pas un aveu d’échec.

Trois mythes qui plombent les newsletters de PME
« L’e-mail, c’est dépassé »
Les chiffres suisses disent l’inverse : neuf personnes sur dix lisent des newsletters, et quatre lecteurs sur dix ont déjà commandé depuis un envoi. Ce qui est dépassé, ce sont les e-mails sans valeur, pas le canal.
L’e-mail a même un avantage structurel sur les réseaux sociaux : c’est le seul canal numérique dont vous possédez la liste de diffusion. Aucun changement d’algorithme ne peut vous la retirer.
« Il faut une grande liste pour que ça vaille la peine »
Deux cents contacts consentis, qui vous connaissent et ouvrent vos envois, valent plus que cinq mille adresses froides. Pour une PME dont un client représente plusieurs milliers de francs de chiffre d’affaires, une seule demande générée par trimestre rentabilise déjà l’effort.
La taille de la liste est une conséquence, pas un prérequis. Elle grandit parce que le contenu mérite d’être partagé. Attendre d’avoir « assez » de contacts pour créer une newsletter, c’est inverser la logique : c’est la newsletter qui construit la liste, rarement le contraire.
« Ça s’improvise entre deux mandats »
Créer sa newsletter en improvisant entre deux mandats produit des envois qui se reconnaissent immédiatement et s’oublient tout aussi vite. Ce qui produit des résultats, c’est une mécanique : un consentement propre, un contenu utile, un rythme tenu, et la confiance qui s’installe envoi après envoi jusqu’à la demande entrante.
Notre posture est claire : nous ne promettons pas de chiffres à l’avance, personne ne le peut sérieusement. Nous installons cette mécanique, nous la mesurons, et nous ajustons ce qui fonctionne, mois après mois, envoi après envoi.
Créer une newsletter n’est donc ni un projet technique ni un pari : c’est une habitude. Les PME qui en tirent quelque chose sont celles qui l’ont traitée comme telle.

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Sources utilisées
- Étude de marché sur l’e-mail en Suisse — Reppublika Research pour United Internet Media (relayée par Organisator) — avril 2026
- Publicité et marketing — Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT)
- E-mails et newsletters pour capter le client — Portail PME de la Confédération (SECO)




